20.04.2011

HEBRON, VILLE MARTYRE

RIMG0353.JPGSamedi 9 avril, après avoir visité l’église de la nativité à Bethléem, nous sommes un petit groupe à nous séparer de la délégation pour nous rendre, en taxi collectif, à Hébron.RIMG0269.JPG

Le plus gros de la délégation, elle,  reste sur place, ayant rendez-vous avec le maire de Bethléem, M.Victor Batarseh (FPLP), puis avec Hind KHOURY, ex représentante en France de l’Autorité Palestinienne. La délégation se rendra dans l’après midi dans le camp emblématique de Aïda ou elle sera reçue par les représentants du « comité populaire ». Chaque camp de réfugiés est en effet doté d’une structure de coordination et de représentation, démocratiquement élue.

Plus tard dans la soirée, j’apprendrais par le récit de mes compagnons de voyage, la dureté des conditions de vie qui furent imposées aux 13 000 résidents du camp d’Aïda qui fut pendant 5 ans soumis à un couvre feu, avec un seul passage pour entrer et sortir du camp, contrôlé par l’armée israélienne. Un passage pour une personne, avec un « tourniquet » semblable à ceux qui obstruent l’entrée du métro à Paris.. 13 000 personnes dans un camp d’une superficie d’1km2..

 

Mais me voilà donc en taxi collectif, au contact avec les palestiniens qui se déplacent d’une ville à l’autre, au gré des nécessités de leur quotidien. C’est l’occasion d’échanger de manière plaisante avec un frère et une sœur ayant accompagné leur maman dans son déplacement à l’hôpital. Nous les laissons au passage de leur village. La route serpente entre les champs de vigne. Les ceps sont d’une taille remarquable, assez haute, et m‘explique-t-on, « le raisin pousse à l’horizontal, suivant les fils tendus le long du sillon. Les grains sont plus gros et plus durs que celui auquel nous sommes habitués».RIMG0276.JPG

Nous entrons bientôt dans l’agglomération; les magasins qui bordent les routes attirent nos regards. Surtout les boucheries ou sont suspendus les carcasses de viande. J’aperçois, pendant à un crochet, celle d’un chameau à qui on a conservé l’aspect originel de la tête.. Pour le moins, les normes ici ne sont pas les mêmes que chez nous !

Hébron est une grande ville, la plus grande ville palestinienne. Elle compte 220 000 habitants et quelques 800 000 en considérant le district, l’agglomération proche de cette ville historique.

La jeune femme française qui nous accueille, nous indique qu’elle réside à Hébron pendant un an, dans le cadre du stage à l’étranger auquel les élèves de Sciences-po, dont elle fait partie, sont astreints. 

RIMG0280.JPG« C’est jour de marché », nous explique-t-elle, désignant la forte affluence devant les étals ; « les réfugies de 48 viennent faire leurs courses, ici, c’est moins cher. Hébron est la ville la plus populaire de Cisjordanie. Elle bénéficie aussi d’un centre commercial moderne. »

Nous avançons dans le centre et notre guide nous précise qu’il y a deux zones dans la ville d’Hébron depuis 1997. La zone 1, sous autorité palestinienne et la zone 2, sous contrôle israélien. « Hébron est une ville très importante dans les religions juive et musulmane, puisque c’est ici que se trouve les tombeaux d’Abraham et de Sarah, d’Isaac et de Rebecca, de Jacob et de Léa, personnages communs au judaïsme, à l’islam et au christianisme (ce dernier qui est constitué de l’apport plus ancien du judaïsme). RIMG0329.JPG
ce sont ces fameux « Tombeaux des Patriarches » qui donnent à Hébron cette dimension spirituelle particulière. La vieille ville bénéficie aussi d’une architecture remarquable, datant du temps de la domination mamelouk. » 

Mais les racines religieuses communes sont aujourd’hui source d’un conflit dont les plaies entravent la ville.

Une colonie de juifs radicaux constituée d’environ 500 personnes occupe la partie haute de la vieille ville, surplombant le souk, ou les commerçants et habitants ont du se protéger des détritus que leur jettent ces colons, en installant des grillages au dessus de leur tête.. en s’approchant du lieu de pèlerinage, on constate que ces grillages retiennent à un mètre au dessus de nous divers détritus et pierres.. des rues sont totalement barricadées et désertifiées.

RIMG0291.JPG« 1600 magasins, petites échoppes ont été fermées », raconte notre guide. « Il y a quelque 1 000 à 2 000 soldats qui sont présents pour assurer la sécurité de 500 colons ! » poursuit-elle. En 1994, un colon, Baruch Goldstein venu d’une colonie voisine (Kiryat Arba) a commis un terrible attentat tuant 29 fidèles en prière dans la mosquée des patriarches. Depuis l’accès au lieu saint est strictement contrôlé par l’armée israélienne. Les tombeaux sont eux accessibles depuis la mosquée et la synagogue. »

Avant de nous rendre jusque là, nous nous arrêtons au local associatif crée par des français et francophones d’Hébron en 1997 pour accueillir les enfants de la ville. RIMG0305.JPGL’association d’échanges culturels France Hébron reçoit 80 enfants par jour dans son local historique, qui comprend une ludothèque, une bibliothèque, ou sont dispensés des cours de français, de violon, ; deux assistantes sociales tiennent des permanences recevant  1 000 personnes chaque année. RIMG0302.JPGL’association a maintenant un second local. Le budget annuel s’élève à 100 000€ et rémunère 17 salariés à temps non complet. La source de financements est principalement associative: la FSGT , l’AFPS, le CCFD. Des communes françaises et le ministère bouclent un budget serré. « Un des derniers projets mené consiste à former 8 guides touristiques francophones afin de développer le tourisme qui a franchement payé la dégradation sécuritaire de la ville. Pourtant – et malgré l’atmosphère lourde que fait régner l’occupation- il n’est pas plus dangereux de faire du tourisme ici qu’à Jérusalem » plaide notre guide.

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La visite se poursuit en franchissant le chek point qui donne accès à la mosquée et à la synagogue. Comme c’est l’heure de la prière, nous devrons patienter un peu. En attendant il nous est permis puisque nous ne sommes pas palestiniens, de déambuler dans le vieil Hébron, soumis à la surveillance de l’armée israélienne.

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Nous marchons dans des rues désertes de tout habitant, aux magasins fermés, aux maisons abandonnées, sous le regard des patrouilles militaires postées tous les 200 mètres. L’ambiance est ici particulièrement lugubre. Nous longeons le mur d’un cimetière musulman qui se trouve à 5 minutes du souk. RIMG0322.JPGMais avec la frontière militaire qui leur empêche le passage, les palestiniens doivent désormais faire un détour de 11 km pour se rendre sur les tombes de leurs proches..

A l’intérieur de la mosquée nous trouverons une atmosphère plus accueillante, empreinte du silence des fidèles en prière et des rires étouffés des jeunes filles se photographiant avec leur téléphone portable..

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